L’Anarchiste qui votait F.N.
9 mai 2019
Après 25 semaines de révolte populaire fluorescente, mais surtout après des années de militantisme maladroit et frisant le prosélytisme, j’ai décidé de voter F.N. aux élections européennes 2019.
Mon dieu ! Les Nazis ! Les Fascistes ! Les Oligarques ! Quelle honte, quelle horreur, quelle ignominie sans nom !
Très bien. Laissons quelques secondes au cerveau reptilien pour digérer l’information et sortir de sa réaction épidermique et irrationnelle.
C’est bon, tout le monde a respiré ?
Je te vois, toi, au fond, avec tes joues rouges de haine et ton regard assassin. Prends un instant, souffle un coup, calme-toi, je vais expliquer mon raisonnement ; mais il faut, pour se comprendre, faire preuve d’un peu de charité, et utiliser la logique, pas l’émotion.
Bien, maintenant que tout le monde est prêt, faisons un petit état des lieux :
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Nous sommes dans un pays dont les habitants se croient en démocratie. Or, si l’on réfléchit un peu, notre République, c’est à dire un gouvernement du peuple par un petit nombre de gens, est bien loin de la définition qu’en faisait Abraham Lincoln, et plus proche d’une forme d’oligarchie.
Je vous entends grommeler, là bas : “Oui mais on élit nos représentants...”
Comme le dit Étienne Chouard, se déposséder de notre pouvoir pour le confier à quelqu’un qui l’exercera à notre place, c’est donc ne plus avoir de pouvoir. Même dans le cas où cette dépossession était volontaire ; or, pour que ce soit volontaire, il faudrait encore avoir le choix de se déposséder, ou non.
De plus, comme l’explique Philippe Pascot : dans n’importe quel autre corps de métier en France, si on fait du mauvais travail, qu’on rompt son contrat, on est licencié. En politique, c’est impossible. Comment appelle-t-on une forme de gouvernement qui, après avoir trahi son peuple, tout en étant illégitime (68 % des gens étant en désaccord avec sa politique), peut rester en place et continuer son œuvre ? J’appelle ça une tyrannie. -
L’un des mécanismes les plus flagrants, et pourtant non-moins efficaces, qu’ont utilisé nos dirigeants actuels et précédents pour se faire élire, s’apparente au sophisme du faux-dilemme. “C’est nous ou le FN”, “C’est nous ou la haine”, “Faites ce que vous voulez, mais votez Macron”.
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Pour les prochaines élections européennes, le F.N. est actuellement en tête des intentions de vote dans les sondages.
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Dernier point pour cet état des lieux de la situation, à prendre en compte pour comprendre le raisonnement dans son intégralité : les députés Européens n’ont aucun pouvoir décisionnaire, et doivent ployer de genou devant des institutions non élues directement.
N’hésitez pas à cliquer sur les liens pour plus de précisions sur ces analyses de la situation, et à me préciser si j’ai dit des conneries (mais bon, pour le coup, j’pense vraiment avoir réussi à établir un état des lieux assez correcte).
Maintenant, pour ce qui est de mon raisonnement :
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Je considère qu’il faut faire comprendre à Macron qu’il est temps d’arrêter de persévérer dans des mesures qui déplaisent à l’immense majorité des Français, au seul bénéfice des 1% les plus riches.
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La technique qui va probablement être employée (comme à chaque fois) de “tout sauf le F.N.” a déjà montré son efficacité. Le “barrage” au F.N. est une technique habituelle d’enfumage, mais elle continue de fonctionner avec la plupart des gens. Or, il me semble intéressant de constater la quasi certitude qu’ont les politiciens que ça fonctionne ! Sinon, ça fait bien longtemps qu’ils auraient cessé de l’utiliser.
Si le F.N. passe, donc, c’est un pied de nez monumental à Macron, un désaveu complet du gouvernement en place.
La preuve la plus flagrante, à mon sens, est l’instrumentalisation qu’en fait la presse sans cesse (et d’ailleurs, certains discours politiciens aussi) : “C’est MACRON ou LA HAINE”, “C’est MOI ou les FASCISMES”.
Et si Macron était devenu plus impopulaire que les “fascistes” ? Je sais personnellement que, si je présentais un choix à faire entre ma personne et, disons, un skinhead violent, j’aurai la certitude qu’on me choisirait moi ; mais, dans la situation ou la grande majorité des gens à qui je présenterais ce choix préféreraient le skinhead, je m’effondrerai par terre dans mon salon, remettant en question tout ce que je crois savoir de moi. -
Je vous entends toujours, au fond, murmurer ces petites phrases faciles qu’on a déjà entendu un milliard de fois : “Oui mais le F.N. au pouvoir c’est rouvrir les Camps de la Mort !” ou encore “Le F.N. c’est pire que tout !”
Ah bon ?
Alors, déjà, commençons par le commencement : j’appelle au vote F.N. pour les EUROPÉENNES. Vous vous rappelez le 4e point de mon état des lieux ? Les députés ainsi élus n’auront presque aucun pouvoir, aucun impact sur nos vies.
Et quand bien même : voulez-vous que je vous énonce une à une les “réformes” que Macron a faites appliquer qui sont déjà BIEN PIRES que tout ce que le F.N. a pu présenter dans son programme ? Voulez-vous qu’on parle des 134 SDF morts dans la rue depuis Janvier ? Les 2260 migrants morts en mer en 2018 ? Les politiques anti-sociales, la suppression de l’I.S.F. ?
Dites-moi, depuis que Macron est au pouvoir, les contrôles au faciès ont-ils diminué ? Les conditions de vie en banlieue se sont-elles améliorées ? Vend-on moins d’armes à des pays qui alimentent le terrorisme ? Voulez-vous qu’on reparle de l’affaire Benalla ?
Je répète :
MACRON A DÉJÀ FAIT BIEN PIRE QUE TOUT CE QUE LEPEN AURAIT PU ESPÉRER.
Le raisonnement étant fait, voici ma conclusion :
Voter F.N. me met mal à l’aise. Avec ce texte, une partie de moi espère convaincre des gens de “faire barrage à Macron” plutôt qu’au F.N. ; en bref, “Faites ce que vous voulez mais votez CONTRE Macron” ; et même si j’ai bien conscience qu’il me serait presque impossible de faire changer d’avis les plus à gauche d’entre vous, j’espère au moins qu’avec ce raisonnement vous comprendrez qu’il est temps d’arrêter de juger, condamner, et ou même tenter de persuader ceux qui votent F.N. de “faire barrage au fascisme”. Une autre partie de moi espère que des gens plus intelligents que moi prendront la peine de pointer du doigt les failles de mon raisonnement, et me convaincre avec logique que je fais fausse route. Mais j’ai beau tourner et retourner ces idées dans ma tête, je n’arrive pas à me convaincre que j’ai tort.
Voici comment un Anarchiste va voter F.N.
P.S. :
Je suis totalement ouvert à un débat construit, rationnel, logique. Cependant, sachant combien le sujet est sensible et houleux, je demande à quiconque souhaiterait me répondre de suivre la méthode suivante (je m’adresse à toi, dans le fond, que je vois prêt à se jeter frénétiquement sur les touches de ton clavier pour me traiter de Nazi) :
- Relisez bien l’introduction. On souffle un coup, on éteint le cerveau reptilien, et on essaie d’être rationnel.
- On ne manque pas de respect. Ça inclut les insultes, tout ce que tu as à dire sur ma mère (même si elle est assez grande pour se défendre toute seule), mais aussi le ton sec ou sarcastique, l’ironie, la décrédibilisation, etc etc.
- Dans la lignée du précédent : on fait preuve de bienveillance et on applique le principe de charité.
En suivant cette méthode, tout devrait bien se passer ; je me réserve en revanche le droit de supprimer tout commentaire qui ne respecterait pas ces principes. Vous inquiétez pas, je suis pas un nazi, j’vous laisse le droit à l’erreur, j’vous préviendrai avant, je ne sanctionnerai que les comportements persistants.
C’est tout pour moi, des bisous.
Peace, out.